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Les chats nous aident à développer des médicaments antidouleur

Développement de médicaments antidouleurs: troquer les rongeurs contre les animaux de compagnie (Profession Santé)

Par Marika VachonPlante
Profession Santé


Devant le faible succès des médicaments antidouleurs en développement, un chercheur s’est tourné vers un autre modèle expérimental: les animaux de compagnie. Avec des résultats étonnants.

Pour le Dr Éric Troncy, professeur titulaire au département de biomédecine vétérinaire de l’Université de Montréal, les chats et les chiens sont plus que d’indéfectibles amis de l’humain : ils font d’excellents alliés dans la lutte contre les douleurs chroniques. Beaucoup plus, en tout cas, que les rats de laboratoire. Un des éléments responsables de la crise de reproductibilité qui paralyse la recherche sur la douleur est le modèle animal expérimental utilisé – habituellement un jeune rongeur mâle – qui ne permet pas d’imiter fidèlement les formes pathologiques humaines.

C’est ce qui a poussé le Dr Troncy à troquer les modèles usuels de laboratoire contre des « patients » vétérinaires, qui reflètent mieux la complexité génétique, physiologique et environnementale de l’être humain. Alors qu’à peine 10 % des traitements se révélant efficaces chez les rongeurs se retrouveront en pharmacie, cette proportion s’élève à 80 % lorsque les molécules sont testées chez des animaux de compagnie. « Un produit qui fonctionne sur le chien ou le chat va se révéler généralement efficace chez l’humain », soutient le Dr Troncy.

En 2009, le Dr Troncy a constitué une colonie d’une trentaine de chats arthrosiques. Ce concept unique en Amérique du Nord permet au chercheur et à son équipe de soumettre un groupe de sujets à une série d’évaluations non invasives, calquées sur des techniques d’investigation utilisées chez l’humain, et ce, dans un environnement contrôlé favorisant son bienêtre. Alors que les deux premières colonies ont plutôt servi à valider le potentiel de ce type de modèle expérimental, la présente colonie, composée d’une cinquantaine de chats, est destinée à la mise sur pied de nouveaux traitements destinés aux patients atteints de dermatite de contact allergique.

MODÈLE PEU POPULAIRE

Aux États-Unis, cela fait déjà une décennie que des médecins vétérinaires, des oncologues, des omnipraticiens et des acteurs de l’industrie pharmaceutique ont décidé de se regrouper et de former le Canine Comparative Oncology Trials Consortium, un réseau de 20 centres d’oncologie destiné à évaluer de nouvelles thérapies anticancéreuses sur des chiens.

PLAIDOYER FAVORABLE

Selon Éric Troncy, l’utilisation des animaux de compagnie pour la mise au point des médicaments pour l’humain assurerait une meilleure efficacité du traitement, et raccourcit considérablement le temps de développement. Il serait possible de couper de moitié cette période, qui peut s’échelonner sur 10 à 12 ans. C’est le cas d’un médicament testé par le Canine Comparative Oncology Trials Consortium sur 18 chiens en 2013, qui est passé par un processus accéléré d’homologation de la Food and Drug Administration (FDA). En seulement trois ans, ce médicament était proposé aux personnes atteintes d’ostéosarcome, un record. Cela représente également des économies substantielles – près d’un milliard de dollars – pour les compagnies pharmaceutiques, qui sont de plus en plus réticentes à mettre au point de nouveaux produits en raison du haut taux d’échec. « Si le produit se révèle inefficace sur le chien ou le chat, cela évite d’aller en essai clinique chez les humains, soit la phase la plus coûteuse. De plus, la validation du produit se fait beaucoup plus rapidement », explique le Dr Troncy.

Le médecin vétérinaire rêve d’un réseau de centres vétérinaires à l’image du consortium américain, où chacun serait partenaire dans le recrutement des sujets. Ainsi, il lui serait possible de mener des études plus intéressantes pour le développement de médicaments. « Nous sommes en train de jeter les fondements d’un tel réseau », confie-t-il. Ce dernier assure que le milieu scientifique et médical accueille positivement un tel changement.